Mon père

Evelyne Oren – Texte / Text Histoire écrite en français / Story written in French je suis nee en 1959 a Paris, fille unique. Sans grand-meres ni grand-peres, sans oncles ni tantes, et par consequent sans cousins ni cousines du premier degre. Ma mere dont la famille a ete disseminee sous les bombardements allemands alors qu’ils fuyaient Paris en 1940, etait restee orpheline a 13 ans. La concierge de son immeuble l’a aidee a recevoir une nouvelle identite qui la protegea jusqu’a la fin de la guerre. Jusqu’a son dernier jour elle a pleure sa mere, sa grand-mere, son petit frère, ainsi que l’oncle et son fils morts avec eux. […]

Une visite extraordinaire à l’hôpital

C’est l’histoire de ma grand-mère qui s’appelle Chantal. Elle fait partie d’une association de bénévole (JALMALV : « Jusqu’À La Mort Accompagner La Vie ») dont l’objectif est de rendre visite à des malades qui sont en fin de vie ou en grande souffrance. Elle rencontre toutes les semaines des malades qu’elle suit deux fois, six fois, dix fois et parfois elle les accompagne vraiment jusqu’à leur mort. Un jour elle a accompagné une dame qui s’appelait Jeanne, qui avait soixante-dix ans et qui était vraiment très malade, mais pas complètement en fin de vie. Jeanne disait « J’en ai assez de la vie, je veux mourir. » Ma grand-mère lui demanda ce qui lui […]

Moufik

Lorsque nous nous retrouvâmes enfin seules, réunies autour d’une table, dans un silence le plus absolu, ma tante me raconta une histoire. C’est l’histoire d’un mendiant – me dit-elle – qu’elle croisait fréquemment dans un coin bien précis d’Oran, la rue Ben Mhidi, à mi-chemin des arcades. C’était il y a 18 ans de cela, en 1994. Cet homme ne changeait ni de place, ni d’humeur. Il se faisait appeler « Amou Moufik », qui signifie tonton Moufik en français. Amou Moufik restait toujours la tête baissée avec un petit air triste. Ma tante ajouta, que ce n’était pas une personne très bavarde mais il essayait continuellement de montrer sa gentillesse extrême. […]

Il est mort seul

De ce côté de la famille, il ne restait plus que mon oncle et il est mort il y a deux mois. C’était un homme qui gagnait bien sa vie, occupait un poste de directeur général à l’inspection des impôts, et avait vécu avec ses deux sœurs célibataires jusqu’à ce qu’elles meurent. Puis une cousine avait pris la relève : elle faisait à manger et passait récupérer ses plats. Il ne préparait même pas une tasse de thé et il détestait le poisson, ce qui est étrange pour un Alexandrin. Ils l’ont retrouvé mort, par terre. Les médecins ont dit que cela faisait plus de trois jours qu’il était là. Cette […]