Au cimetière de Boulbon

Presqu’Avignon , mars 1960 J’ai treize ans. Brunette aux beaux yeux bleus. Un peu trop ronde : dans la famille, on m’appelle Bouboule. Mes parents m’ont introduite dans le scoutisme : papa était scout, et il aurait tellement aimé que je sois un garçon. Je suis donc guide, mais heureuse de l’être. Et on fait de grandes balades en vélo dans les Alpilles. Presque tous les dimanches. Avec Marie-José, ma copine préférée, nous préparons les épreuves de première classe, et il nous faut faire une longue balade, d’une journée entière, seules, avec compte-rendu au retour. Nous sommes donc parties ce matin pour Saint Michel de Frigolet. C’est la fin de […]

Mai 44 à Marseille, par Marine Barral, Lycée A. Artaud

En mai 1944, le 27, un bombardement meurtrier a fait à Marseille près de 2000 morts. Nos parents, pour nous mettre en sécurité, mon frère et moi, nous ont amenés dans un petit village de Provence, près de Draguignan, à l’abri chez nos grands-parents. Quitter sa maison précipitamment à cause de la guerre provoque une boule au ventre, ça fait peur mais heureusement j’aimais beaucoup être chez mes grands-parents. Le 15 août 1944 a lieu le débarquement en Provence des armées de la libération. A vol d’oiseau, nous étions à environ 5km du lieu du débarquement ! Et toute la journée nous avons vu descendre sous leur belle calotte blanche […]

Si je t’oublie O, Opérette… c’est pour toi l’Opéra !

Lorsque j’etais enfant, je demandais toujours a mon pere… « Alors qu’est-ce qu’on fait ..maintenant ? … » On sortait du marche aux Timbres, a Franklin Roosvelt, on avait attendu pour la traditionnelle séance du spectacle de Guignol, tout a cote …mais le desir de voir toujours plus et toujours autre chose m’habitait deja. Mon pere etait « Champion du monde du Dimanche Apres Midi reussi  » aussi ne se decourageait -il jamais face a mes bouilles interrogatives. « Alors…Qu’est ce qu’on fait…? .. » Ainsi, on allait regulierement dire bonjours aux crocodiles a Daumesnil – Mon pere affirmait qu’il y en avait un qui etait bien malade. Je compatissais. On allait aussi dire bonsoir […]

Souvenirs de Monastir : citrouille magique, sardines piquantes !

Je me souviens de Monastir. Je n’y ai habité seulement que 5 ou 6 semaines, tout au plus. J’avais 7 ou 8 ans à l’époque, l’âge de ma seconde fille. C’était il y a 30 ans, 3 décennies qui semblent une éternité. Que le vent a dû souffler et faire s’envoler le sable des falaises depuis ! Nous étions en famille, tous les cinq. Mon père que nous ne voyions jamais ; il était médecin, travaillait tout le temps, nous l’avions pour nous une semaine entière ! Ma belle-mère, qui venait d’arriver dans la famille ; ma mère nous avait quitté une ou deux années auparavant, partie d’un cancer sans que nous n’ayons finalement […]

Réveil d’un rêve

Après un trajet d’une heure qui me sembla une éternité, je descendis de l’autobus dans la rue principale de ma ville natale, je commençai à marcher en direction d’un petit immeuble de trois étages un peu délabré, entouré d’un jardinet négligé et dont les plantes sèches n’avaient pas été arrosées depuis longtemps. Comme j’avais un quart d’heure d’avance sur le rendez-vous fixé, je décidai de me balader dans le quartier où je n’étais pas revenue depuis des années. Je me retrouvai tout près d’une petite ruelle un peu à l’écart où je me souvenais que le beau gosse de la classe habitait, au numéro 5 pour être exact. Puis je […]

Le sens de l’orientation

Yaelle Hassoun – Texte / Text Histoire écrite en français / Story written in French En 1955, habitant la Tunisie avec mes parents, nous sommes venus à Marseille en vacances. J’avais 5 ans. Avec mes parents, mes grands parents et le jeune frère de maman âge de 15 ans, nous nous promenions sur la Canebière. Le nez en l’air, curieuse de nature, je quittais le groupe et me retrouvais seule sur le trottoir. M’apercevant que j’avais perdu mes parents, je me mis a pleurer. Une dame me demanda ce qui se passait et je lui dit que j’avais perdu mes parents mais que je connaissais l’hôtel ou nous habitions… Elle […]

Le matin du 1er mai 1945

Damla Cuhadar – Texte / Text Histoire écrite en français / Story written in French Le matin du 1er mai 1945 « Maman, maman ! C’est fini, la guerre est finie ! Vous entendez ? Il n’y aura plus de soldats allemands ! » Un petit garçon avait crié gaiement. On pouvait facilement sentir la victoire dans les yeux marron de cet enfant. Il avait continué à annoncer la fin de la guerre avec ses propres mots. Mais il y avait une autre source de joie dans la maison… Et, il n’y avait pas fait attention. Pour l’instant, le plus important c’est la paix ! « Vous imaginez ? Nous pouvons courir dans […]

Un ricordo

Anna Maraventano – Texte / Text / Testo Histoire écrite en italien / Story written in Italian / Storia scritta in Italiano Talvolta si vivono certe storie che non si riesce a sapere quali sentimenti hai provato mentre le vivevi e quali oggi quando le rievochi. Rimangono come pellicole riposte nella cineteca della memoria in attesa di essere forse un giorno riviste. Perché? una casualità? un’associazione di idee? Una prozia settantaduenne, sorella della nonna materna, quando io avevo circa quattro anni, venne a svernare a casa nostra in città. Soffriva di una lieve depressione ciclica e dunque dal suo paesino dell’entroterra della Sicilia veniva in città per farsi seguire dai […]

Passeggiata

Un forte vento di scirocco flagellava la costa già dalla notte precedente. Dura tre giorni, dicevano i pescatori, quando da piccola arrivava il vento dall’Africa. Arriva sempre in primavera oppure in autunno, come adesso. Le barche tirate in secca, giù sulla spiaggia, io me ne sto appollaiata in cima al promontorio che domina la baia da un lato, la caletta dall’altro. Alle spalle il mare aperto. Il mare, agitato dal vento, che fino a pochi giorni fa mi accoglieva tranquillo come l’abbraccio di una madre, oggi fa un po’ paura. Però a me piace anche così. Il mare d’inverno a volte mi piace più che d’estate, mi trasmette serenità… Che […]

Retrouvailles, un an après le retour à Istanbul

Un an et trois mois à Istanbul. Je croise et décroise les fils de mon histoire. Je dénoue les mystères de la langue. Je suis franco-turque. J’ai l’impression de moins mentir en écrivant ces quatre mots aujourd’hui, encore que… Premiers jours à Istanbul,je crie fort avec un drapeau turc entre les mains, moi la française. C’est la journée de la femme. Je découvre les clivages politiques, j’écoute les slogans hurlés autour de moi. Je ne comprends rien mais je suis heureuse d’être là, revenue après 28 ans. Ma cousine me traduit au fur et à mesure que la foule avance. Je l’écoute, je veux tout savoir. Elle me parle, se […]