Il Cavallo di Nessuno

Solo una volta, nell’Odissea, Ulisse piange: ed è quando, ospite in incognito di Alcinoo, siede ad un banchetto organizzato in suo onore e ascolta l’aedo Demodoco che canta senza saperlo le sue stesse gesta, l’espediente del “gran cavallo di legno dove sedevano tutti i più forti degli Argivi portando la morte, la nera Chera, ai Troiani”. Canta Demodoco, ispirato da un dio, e Ulisse si commuove e le lacrime bagnano le sue guance: la guerra, i compagni, la morte, lui stesso. ‘Non aveva mai pianto prima’ commenta Hannah Arendt, ‘certo non quando i fatti che ora si sente narrare erano realmente accaduti. Soltanto ascoltando il racconto egli acquista piena nozione […]

Une odeur de spectre

Le trois juillet 1992, mon père est en train de mourir du Sida à l’hôpital. Je lui rends visite l’après-midi, c’est très dur, il est resté très peu de temps, de vraies odeurs de mort sortaient de son corps. J’ai quitté la chambre et je l’ai vu dans ses draps puis drapé dans un linceul. J’ai rencontré le grand chef Willy Rosenbaum devant l’hôpital. Je lui ai dit que j’étais la fille de mon père. Il était au bras d’une jolie femme. Je lui ai demandé quand il allait mourir. Il m’a répondu, désinvolte : si vous pensez qu’on peut savoir ces choses-là… J’étais jeune, j’avais vingt et un ans, j’ai […]

Un tour du monde en croiseur

Il était l’année 1956, et arrivé le 1er septembre, les 95 élèves de la quatrième année de l’Académie  Naval de Livourne, s’embarquaient sur le croiseur Raimondo Montecuccoli. Généralement la croisière que font les élèves se réalise pendant l’été, mais cette année l’Italie devait envoyer un navire de représentation aux Jeux Olympiques de Melbourne. Après la cérémonie officielle la traversée prenait début. Le premier port où le croiseur s’arrêtait pour ravitailler fut Port Saïd (Égypte), ensuite ils passèrent par le canal de Suez. Là-bas, à cause des pressions diplomatiques, tout le monde était aux postes de combat, l’alerte rouge était activée à bord. Heureusement rien ne se passa. Finalement, ils arrivèrent […]

Une visite extraordinaire à l’hôpital

C’est l’histoire de ma grand-mère qui s’appelle Chantal. Elle fait partie d’une association de bénévole (JALMALV : « Jusqu’À La Mort Accompagner La Vie ») dont l’objectif est de rendre visite à des malades qui sont en fin de vie ou en grande souffrance. Elle rencontre toutes les semaines des malades qu’elle suit deux fois, six fois, dix fois et parfois elle les accompagne vraiment jusqu’à leur mort. Un jour elle a accompagné une dame qui s’appelait Jeanne, qui avait soixante-dix ans et qui était vraiment très malade, mais pas complètement en fin de vie. Jeanne disait « J’en ai assez de la vie, je veux mourir. » Ma grand-mère lui demanda ce qui lui […]

L’amour vengé

Quelques années auparavant Joséphine était cette jeune descendante d’une famille riche, d’une intelligence frappante et d’une immense ardeur dans l’apprentissage. Elle était l’une des rares, peut-être la seule fille de Beit Chabab à recevoir son bac en ce début du XXI siècle. Elle voulait bien étudier les droits, mais naturellement son père n’accepta pas que sa fille de village n’allât seule vers la ville des loisirs « Beyrouth ». Ses ambitions pourtant la poussèrent à prendre les cours de ses amis, à se cultiver elle-même, elle écrivait des poèmes… Mais sans qu’elle le voulût, l’amour bouleversa son existence paisible. Elle allait alors commencer une nouvelle vie avec Menhem, SON Menhem, […]

L’argent ne fait pas le moine…

C’est une histoire d’un homme qui s’appelait Omar, qui vivait dans le même village que mon grand-père. Cette histoire date de 1956, date où Omar a quitté le village vers Alger, puis les Pays-Bas. Quand il est arrivé aux Pays-Bas, il ne connaissait rien, il était analphabète. Il est resté six jours sous un pont où il dormait à cause de la fatigue. Il était épuisé de faim. Il a rencontré mon grand-père qui l’a emmené avec lui à la maison où il vivait en collocation avec ses amis. Omar a commencé à travailler comme maçon. Après six mois, il a quitté la maison, il a loué une chambre ; […]

Tout y était

Marseille 4 mai 2012 En ouvrant le courrier ce matin, mon regard se pose tout en haut à droite de l’enveloppe. Lettres jaunes sur fond bleu. Je pense à la place des mots dans ma vie : ma facilité à apprendre à lire, mon plaisir à apprendre des mots nouveaux, mon usage immodéré du Petit Larousse , les livres et le plaisir solitaire qu’ils procurent, les mots qui font mal, les bons mots, paroles et musiques, transmettre une langue par les mots, MA phrase : « les mots sont importants » , les mots qui dépassent la pensée. Et les silences. Je pense à ma mère. Ma mère et ses […]

Moufik

Lorsque nous nous retrouvâmes enfin seules, réunies autour d’une table, dans un silence le plus absolu, ma tante me raconta une histoire. C’est l’histoire d’un mendiant – me dit-elle – qu’elle croisait fréquemment dans un coin bien précis d’Oran, la rue Ben Mhidi, à mi-chemin des arcades. C’était il y a 18 ans de cela, en 1994. Cet homme ne changeait ni de place, ni d’humeur. Il se faisait appeler « Amou Moufik », qui signifie tonton Moufik en français. Amou Moufik restait toujours la tête baissée avec un petit air triste. Ma tante ajouta, que ce n’était pas une personne très bavarde mais il essayait continuellement de montrer sa gentillesse extrême. […]

Il est mort seul

De ce côté de la famille, il ne restait plus que mon oncle et il est mort il y a deux mois. C’était un homme qui gagnait bien sa vie, occupait un poste de directeur général à l’inspection des impôts, et avait vécu avec ses deux sœurs célibataires jusqu’à ce qu’elles meurent. Puis une cousine avait pris la relève : elle faisait à manger et passait récupérer ses plats. Il ne préparait même pas une tasse de thé et il détestait le poisson, ce qui est étrange pour un Alexandrin. Ils l’ont retrouvé mort, par terre. Les médecins ont dit que cela faisait plus de trois jours qu’il était là. Cette […]