Ma mère et moi

Je suis la cadette d’une famille de cinq filles. Mes parents étaient pauvres. J’ai passé une enfance très malheureuse. Mon père a quitté ma mère pour se marier à une deuxième femme. Quand j’étais petite, je pensais qu’il avait fait ça à cause de la laideur de ma mère. Son visage était déformé. Elle avait des cicatrices dues à des brûlures partout. Elle travaillait comme femme de ménage dans une école proche de chez nous pour soutenir la famille. C’est dans cette école que j’ai passé mes années de collège.  Je n’ai pas aimé ça du tout mais je n’avais le choix. Je faisais tout pour éviter de croiser ma […]

Une odeur de spectre

Le trois juillet 1992, mon père est en train de mourir du Sida à l’hôpital. Je lui rends visite l’après-midi, c’est très dur, il est resté très peu de temps, de vraies odeurs de mort sortaient de son corps. J’ai quitté la chambre et je l’ai vu dans ses draps puis drapé dans un linceul. J’ai rencontré le grand chef Willy Rosenbaum devant l’hôpital. Je lui ai dit que j’étais la fille de mon père. Il était au bras d’une jolie femme. Je lui ai demandé quand il allait mourir. Il m’a répondu, désinvolte : si vous pensez qu’on peut savoir ces choses-là… J’étais jeune, j’avais vingt et un ans, j’ai […]

Devant l’école des filles

L’école des filles, se trouve en face de notre ancienne maison, dans les années soixante, et début soixante dix, à la mode de ce temps, je contemplais les filles avant leur rentrée en en classe, juste devant la porte d’entrée ,entrain de jouer à leurs jeux favoris. Généralement, elles se livraient à trois sortes de jeux de plein air : la marelle, la corde, et la petite balle. A cette époque l’entrée se faisait par la rue Boussoualim, vers 7h 15 ; les filles commencèrent à s’attrouper devant l’entrée, particulièrement celles qui habitaient les quartiers éloignés. Quelques minutes après, les groupes se formaient ; souvent sont des parties interminables, qui […]

Tout y était

Marseille 4 mai 2012 En ouvrant le courrier ce matin, mon regard se pose tout en haut à droite de l’enveloppe. Lettres jaunes sur fond bleu. Je pense à la place des mots dans ma vie : ma facilité à apprendre à lire, mon plaisir à apprendre des mots nouveaux, mon usage immodéré du Petit Larousse , les livres et le plaisir solitaire qu’ils procurent, les mots qui font mal, les bons mots, paroles et musiques, transmettre une langue par les mots, MA phrase : « les mots sont importants » , les mots qui dépassent la pensée. Et les silences. Je pense à ma mère. Ma mère et ses […]