La théorie des niveaux de création

Alain Badiou explique que la philosophie vient après des choses comme l’art, l’amour, la science, la politique, qui sont pour lui des créations de premier niveau, tandis que la philosophie vient dans un second temps; elle n’est pas secondaire, mais seconde. Elle rassemble dans ce retard un dire sur le temps, avec cette équivoque qu’il se prétend un dire éternel sur le temps, pas entièrement réductible à ce temps. La littérature, quant à elle, pourrait s’intercaler à mon sens entre les créations de premier niveau et la philosophie : elle est l’expression de ce temps premier par son sujet : le présent, et par sa matière : la langue vivante. Mais […]

Savoir ouvrir les oreilles

Le problème à Athènes, disait déjà Desmothènes (mais c’est à vérifier), c’est que tout le monde parle, mais que plus personne n’écoute. Aujourd’hui l’enjeu, en particulier dans nos jolies confortables démocraties, n’est pas seulement de s’exprimer librement mais avant tout de savoir écouter librement. A l’ère numérique, de chez soi, on est tous capable de produire des langages diversifiés, blogs, tweets, musique, opinions sur des forums, chats, etc. On passe notre temps à se demander ce qu’on va dire, puisqu’on s’est donné le droit de s’exprimer. Mais on oublie peut-être un peu de prendre le temps d’ouvrir les oreilles. Je me rends compte de l’attention que ce genre d’ouverture implique, […]

Crise espagnole : preuves par l’image

Suite au début de reportage de Jacques Dauphin publié en partie dans ce journal www.jacquesdauphin.blogspot.com, de nombreux lecteurs espagnols m’ont écrit pour se plaindre du manque d’objectivité de l’analyse dudit Jacques, qui se présente lui-même d’ailleurs comme un chat bleu de bonne taille en train de terminer les restes de ses maîtres (morts depuis quelques années)… Peu importe. Je suis allé sur le terrain me confronter au réel. Et voilà quelques images accablantes de vérité : Pendant quelque jours même, le B de la ville avait été égaré, mais heureusement il a été retrouvé, sur un toit, près de la plaza Espanya… Tout cela pour dire que Jacques Dauphin, malgré […]

L’accident de souvenir

La valeur intrinsèque d’un livre ne dépend pas de l’importance du sujet (sans quoi les théologiens l’emporteraient, et de loin), mais de la manière d’aborder l’accidentel et l’insignifiant, de maîtriser l’infime. L’essentiel n’a jamais exigé le moindre talent, écrit Cioran dans De l’inconvénient d’être né. Ces histoires vraies, ces bribes que nous laissent les gens, sont à mon sens une manière d’aborder l’accidentel et l’insignifié (plutôt que l’insignifiant d’ailleurs). Les histoires vraies sont des sortes de paraboles de nos vies non-illustres, de petits contes moraux sans cibles particulières. Un ami, Dominique, disait pour définir une histoire vraie : le fruit de notre mythologie personnelle.  Toute la question étant alors, si on admet […]

La crise espagnole, par Jacques Dauphin

Chers amis, camarades de Méditerranée, après ce long week-end festif, il s’agit de voir les choses en face : la crise est toujours là. Jacques Dauphin, en reportage en Espagne, un pays où il compte bien ne jamais foutre les pieds, décrypte pour nous les enjeux concrets du moins-bien-être de nos banques centrales : Les villes, bastions du capitalisme marchand, sont en train d’être grignotées progressivement par la campagne :  L’Espagnol ne peut plus compter sur le confort de base : et bien d’autres choses inquiétantes, à retrouver sur le blog de Jacques Dauphin : www.jacquesdauphin.blogspot.com

Chomo

Je m’intéresse depuis longtemps à l’Art brut, ou plus généralement à l’outsider art. Bien sûr les créations brutes sont souvent marquantes, mais c’est avant tout le personnage derrière la création qui me fascine. Au fond, le personnage raconte l’histoire de l’œuvre. Je relis les notes prises sur un livre-entretien de Laurent Danchin avec Chomo (Chomo par Roger Chomeaux, Paris, Éditions Jean-Claude Simoën, 1978), qui à la fin des années 70 vivait seul au milieu de la forêt de Rambouillet dans une immense cabane-chapelle, avec ses constructions brûlées en bois à flotter. L’homme doit se recroqueviller sur lui-même et ETRE QUELQUE CHOSE, dit Chomo. N’est-ce pas tout l’inverse de ce projet […]