Les emplacements de parking

Je me promène  entre les voitures, en zig-zag, saoulé par les vapeurs d’essence. Les pics de pollution n’ont pas la même odeur l’hiver. Le maître de ma fille me disait hier qu’il a dû annuler le sport en extérieur à cause des particules fines. Les enfants privés de sport par soucis d’hygiène, tandis que les voitures continuent leur manège. Je saute un quai : oui, toutes sans lien les unes avec les autres, mais au fond toutes liguées. J’aime le 7e arrondissement de Lyon pour ces dents creuses, ses parkings par défaut. De la terrasse de la galerie de l’Atlas, ou le lion Hassan m’avait hébergé trois nuits à Casablanca, j’avais pris […]

Soliloques emmurés

Il s’agit du premier poème écrit en prison après une année de détention préventive. J’ai commencé par écrire des demandes de grâce, des demandes de pourvoi en cassation, des suppliques de détenus condamnés à mort, des lettres au président de la République … tout ça en français. On commençait à me connaître au greffe de la détention parce que toutes les lettres étaient lues et comme les gardiens sont des arabophones, c’était la femme du Directeur qui contrôlait mon courrier. Elle a dû faire de grands progrès parce que je la renvoyais très souvent pour ne pas dire à chacune de mes correspondances, au dictionnaire. J’ai écrit également des lettres […]

Une radio de la tête

Il y a quelques jours nous discutions, une amie et moi, des langues étrangères. Nous sommes alors tombés d’accord pour dire que certaines langues avaient la « langue pendue » et que d’autres étaient plus précises et plus rigoureuses, indemnes de toutes les contorsions circonvolutions et convulsions. Certaines langues se donnent un malin plaisir à faire de grands cercles autour du sujet comme le feraient des vautours autour d’une proie affaiblie qui peine à se relever. Il suffit que la cible bouge un peu pour que les cercles s’élargissent encore plus…J’ai aussi appris à reconnaître l’origine géographique de mes patients à la façon dont ils racontent leurs soucis, à leur accent et […]

La mecque du skate

Dans le Courrier International d’il y a trois semaines (je suis assez en retard sur la presse française) ils racontaient que la ville d’Helsinki tentait actuellement de s’inspirer de Lyon au niveau culturel. Difficile à croire, mais avec nos Biennales de la danse ou d’art contemporain (il faudrait me payer), nos Nuits Sonores (c’est pour tout bientôt) et notre Fête des Lumières (il faudrait me droguer et me proposer un ministère), on a beaucoup impressionné les Finlandais. Quand je pense qu’eux organisent des Concours de porter de femme (sur 235 mètres) dont le prix, d’une perversité toute nordique, est le poids de sa femme en bière (plus la femme est lourde, […]

Ce qu’il faut pour faire la cuisine…

Une amie originaire du sud algérien m’a invitée au mariage de son frère. La fête promet d’être grandiose, elle dure sept jours et sept nuits, et je n’hésite pas une seconde à faire les 1500 km qui m’en séparent pour y assister. Aussi, j’aime particulièrement cette oasis aux maisons ocres où les gens sont vrais. Ils ne possèdent pas grand-chose mais leur générosité et leur joie de vivre en a fait les personnes les plus riches que j’ai rencontrées. Si les traditions y comptent encore pour beaucoup, leurs mœurs, surtout les rapports entre hommes et femmes sont détendus comme nulle part ailleurs. Et s’agissant d’humour et de séduction, personne n’est […]

Les deux amies

Hélène faisait partie d’un de ces groupes de pieds-noirs qui, à partir de 2004, revenaient voir la ville qui les as vus naître, la maison où ils ont vécu, le quartier de leur jeunesse. Dès que je l’ai vue descendre de l’avion, avec sa démarche hésitante, j’ai eu le pressentiment que je n’allais pas sortir indemne de cette rencontre. Sylvie et elle, septuagénaires toutes les deux, étaient les doyennes du groupe. Mais autant la première était énergique, autant Hélène marchait avec difficulté, le haut du corps penché sur le côté. Autour de notre premier déjeuner dans un self-service d’Oran (je partageais la même table qu’elle), elle m’explique : «Un soir, […]

Raconter pour survivre à Tazmamart

Un vieil homme digne, bien habillé, a reproduit sa cellule de Tazmamart en miniature à l’aide d’une boîte en carton. Il nous montre comment, par un système de cordelettes, il ouvrait le clapet, que les gardes tenaient fermé, de l’intérieur, ce qui permettait de bénéficier d’un peu de l’air frais du couloir en été, et de discuter avec les autres codétenus. Ce monsieur s’appelle Salah Hachad. C’est un homme ingénieux parmi cette bande de 58 condamnés pour avoir involontairement participé à des tentatives de coups d’Etat contre le roi Hassan II, un des 26 rescapés. Il a été détenu dix-huit ans dans la prison de Tazmamart, dans le noir complet, […]

DIEU VOUS LE RENDRA…

mercredi 22 juillet 2009, 02:43 · J’ai commencé à écrire « Journée ordinaire d’un médecin ordinaire  » et certains amis ont demandé une suite. Ce petit texte pourrait servir de courroie de transmission le temps que la muse revienne rafraichir mes vieilles connexions synaptiques… Je m’en vais vous raconter une véridique histoire. Installé en cabinet depuis plus de 20 ans et soucieux de mes libertés j’ai aménagé mon temps de travail de telles manière à ce que je puisse sortir en mer avec mes amis pour pécher dans des eaux très claires. Chaque fois que la mer nous y invite et cela régulait mes stress et me préparait aux souffrances du […]

Mercredi le jour des enfants

Il y aurait vraiment un article à écrire sur comment les enfants nous tirent vers le bas. C’est-à-dire comment les enfants, ces êtres réactionnaires par essence, font ressortir l’être réactionnaire en chacun de nous. Leurs goûts de chiottes. On subit ces affronts aux yeux, aux oreilles, sans broncher. On finit par fredonner les Demoiselles de Rochefort comme si c’était normal, Rythmo de la noche (le tube récent le plus insupportable), les Petits pains au chocolat de Joe Dassin (qu’ils apprennent en classe) ou l’intégrale Bernard Guetta… Papa mets-moi du Jacques Brel. Ne me quitte pas. On a tout le temps peur pour eux. On se transforme en vrais petits sarko […]