Nous avons décidé avec ma femme et ma fille de partir au Maroc au mois
d’août 2014. En 48 heures nous étions arrivés à Tarifa dans le sud de l
‘Espagne là où nous devions prendre un bateau qui nous conduirait au
Maroc. Le lendemain, on arrive donc sur le quai d’embarquement, avec nos
billets que nous étions allés chercher un peu avant. Et à notre grande
surprise, on embarque très rapidement. Nous pensions être fouillés par
les douaniers mais ils ont juste vérifié les passeports et quand ils ont
vu qu’on était français, ils on dit « oui français passez, passez  » on
s’est donc retrouvés dans la file d’attente, pour monter dans le bateau.
Puis une fois a bord, je me souviens des paroles de mon ami, qui m’a dit
 » bon tout de suite tu fonces, tu te met dans la file d’attente des
passeports pour voir la police marocaine « . je vais donc faire la queue,
donc pendant 40 minutes, je suis dans la file d’attente, quand mon tour
est venu, on était à environ 10 minutes de l’arrivée. J’ai donc commencé
a présenter mes passeports, Donc le mien est passé, sans problèmes, le
deuxième celui de mon épouse sans problème, le troisième, celui de ma
fille, il le regarde, et puis il a un doute, il re-regarde puis là il me
regarde et il me dit :  » mais heu là il est pas bon.  » Et là donc je
deviens un peu pale,je n’en revenais pas, je lui dit  » comment ça il est
pas bon ?  »  » ah beh heu non non il est pas bon, il est dépassé « . Je lui
dit  » ah bon il est dépassé mais depuis quand ? »  » vos passeports?  » Et
la donc heu j’ai été obligé de lui redonner mes 2 passeports il dit  »
bon, non non il est pas bon.  »  » Mais je lui dit je comprends pas,
normalement un passeport c’est 10 ans  » et je ne comprenais vraiment
pas.  » Non non il me dit c’est 5 ans .  »  » Mais non en France c’est 10
ans « , je le pensais vraiment mais j’ appris par la suite que c’était
uniquement pour les adultes…  » Non non on va les mettre de côté, on
verra ça plus tard.  » Et là, je me suis dit, là on est pas bien! Parce
que en même temps, mon épouse et ma fille arrivaient (elle attendaient un
petit peu plus loin) et là je leur ai donc dit qu’il y avait un problème,
les passeports étaient confisqués. Pendant qu’on attendait, ma fille
commençait à avoir les larmes aux yeux, parce que c’est quand même de
l’émotion de se dire on est arrivés mais qu’on risque surtout de repartir
tout de suite. On venait de faire une traversée donc les billets ne
pouvaient pas être remboursés. Et puis voilà, plein de chose qui me
traversent, je culpabilisais : pourquoi j’ai pas fait attention avant ?
Je voyais que les douaniers nous regardaient de temps en temps. J’étais
complètement dépité, j’étais vraiment pas fier de moi. Finalement, le
monsieur est revenu il dit :  » bon voilà, on va aller voir, je vais aller
voir mon chef  » et je lui dit  » oui je comprends pas… sinon j’ai aussi
sa carte d’identité… « .  » Non non ça ne marche pas, je vais aller voir
mon chef, on va voir ce qu’il va dire « .. je me rasseyait donc encore un
peu plus abattu et là les passagers furent appelés à descendre du bateau,
on les voyaient, on voyait la file d’attente se rétrécir de plus en plus
puis finir. Les gens commençaient à débarquer, donc nous n’étions plus
que nous trois à bord, du bateau, j’étais de plus en plus anxieux, et
puis tout d’un coup, on a vu le policier revenir, repasser derrière la
guérite, puis revenir vers nous et là moi je ne bougeais plus, je ne
respirait plus, ma fille qui était à côté de moi ne respirait plus non
plus, ma femme n’osait même plus regarder ce qui se passait, il donc est
arrivé et il nous a dit  » bon bah voilà, vous vous allez pouvoir passer
et puis votre fille, on va la garder.  » Et puis là en même temps qu’il le
disait, il s’est mit à sourire. Et là, je me suis dit qu’il y avait
quelque chose. Il me dit:  » j’ai vu avec mon chef, on s’est débrouillés,
vous nous avez l’air honnêtes et puis on a fait un papier. et donc vous
restez combien de temps?  »  » nous c’est juste pour 15 jours.  »  » Donc il
est valable juste 15 jours et puis par contre il faudra le représenter à
la sortie et puis on vous l’enlèvera.  » Je savais plus quoi faire, si il
fallait lui sauter au cou… On était très très émus. C’était un moment
de pur bonheur, beaucoup d’émotion, voilà ça montait montait montait
limite à avoir, pas les larmes mais pas loin, on lui a dit merci, et puis
on a couru jusqu’au camion. On était bien les derniers. On est sortis. Je
crois qu’on a du faire un gros ouf de soulagement ! Puis quand on est
sortis du port et qu’on a vu Tanger et tout, là, je crois que les larmes
sont arrivées. Pour tous les trois ça a été je crois un grand moment de
bonheur : l’Afrique nous ouvrait enfin ses portes.

Homme