Quelle chance pour moi d’avoir emménagé dans cette petite maison du bord
de mer de Saint-Hilaire-de-Riez. Le cri des mouettes, le sable et le
vent, l’odeur du goémon, l’authenticité de la corniche… Aaaaaah !!!!!
Mon bel Océan… que je retrouve, après trois années passées non loin des
montagnes. Me voilà, la tête dans mes nombreux cartons, en me demandant
encore ce que je pouvais bien faire avec autant de broutilles, de
conneries, de fringues de toutes les matières et de toutes les couleurs,
de souvenirs, une partie de vie qu’il m’est impossible de mettre loin. Je
m’installe bien confortablement au fond de mon canap’, avec une bonne
tisane et décide de mettre le nez, mais surtout l’esprit à un carton en
particulier. Le carton qui sourit, et qui se cache depuis que le crayon
et les correspondances ont été remplacés par les 26 lettres de
l’ordinateur, depuis que la touche entrée a remplacé le timbre. Le carton
est rempli de centaines de lettres et de cartes postales, il sent
l’ancien, il est coloré, il est tout comme j’aime. Mais avant tout, faut
que je trie. Je pense que faire des tas est la bonne solution : lettres
des copines de primaire et collège, lettres de la famiiiiiillllle !,
lettres des potes qui te racontent leurs voyages, et bien sûr lettres
d’amour, parce que oui, j’en ai, moi, des lettres d’amour. Bon d’accord !
Cela fait longtemps que je n’en ai pas reçu, mais je ne désespère pas.
J’étais donc en train de trier tous ces bons souvenirs, lorsqu’une lettre
attira mon intention, pourtant elle n’avait rien de spécial par rapport
aux autres, enveloppe rectangulaire, adresse écrite au stylo plume, et
Marianne en haut à droite, mais avant même de l’ouvrir, je la sens. Une
mémoire olfactive, lointaine, a réveillé un sentiment, mais impossible de
me souvenir. J’ouvre la lettre et voilà ce que j’ai pu lire : (Je tiens à
signaler que j’ai 17 ans et que cette lettre est du niveau 17 ans)

 » Jeudi 19 avril 1995, il est 22 h 47

Farfadett, Je voulais te remercier pour ta lettre, elle m’a fait très
plaisir. Là, je suis dans ma chambre, j’écoute la radio et je t’écris car
tu m’as dit de te renvoyer la balle alors je te la renvoie. Bon, par quoi
commencer, je ne sais pas, toi tu sais… Pourquoi tu ne me réponds
pas… Ah oui, excuse-moi j’ai piqué un délire, car tu me manques
beaucoup, tellement je dirais, que je croyais que tu étais là, car je
t’imagine à chaque instant. Alors je vais commencer, tu sais samedi soir,
je n’étais pas sûr que c’était toi, puis quand tu es venue vers moi, je
me suis dit, enfin elle m’a reconnu. De plus tu m’as traîné de force
dehors, moi qui ai toujours froid, mais tu sais je ne regrette pas. Et
quand on s’est embrassé, j’ai cru rêver. Mais le souvenir le plus fort,
je crois que c’était l’odeur de la friture car on était près des frites.
(Bon ok, j’arrête, excuse-moi je voulais être drôle, d’accord ça n’a pas
marché) Je suis content que tu aies une « grande gueule » comme cela au
moins tu parles, car tu sais une fille qui ne parle pas, c’est barbant.
Au téléphone tu m’as dit que tu dessines, mais tu dessines très bien, tu
sais ? Bon je vais te laisser, il commence à se faire tard, moi je me
lève tôt demain.

Gros bisous David  »

Une fois fini de lire, je regarde dans le vide et rien ne vient, je ne
sais pas qui est ce « David ». Aucun nom de famille, que pour seule
information, la date d’envoi sur l’enveloppe, « 1995 », et le nom de la
ville, Bois-de-Céné. Je fouille encore et je retrouve deux autres lettres
de ce même destinataire. La deuxième dist ceci :

 » Farfadett, je voulais te dire que ta lettre sentait bon. Et au fait je
crois que j’ai compris ton dessin, et c’est pour cela que tu as écris
dans ta lettre que ça risquerait de me choquer, tu sais ça me choque pas
du tout, rien n’est plus beau. S’il te plait arrête de me parler de
Virginie dans tes lettres, oui, je sais, j’ai fait une grosse connerie,
c’est de l’histoire passée. Alors comme cela, tu es jalouse, j’ai intérêt
à me tenir à carreau, sinon gare à moi, et moi, tu crois que je suis
jaloux, tu te rappelles du Saphir à Challans, avec l’autre mec, tu étais
en train de lui parler, et moi j’ai été faire un tour, et entre temps une
fille est venue vers moi et m’a demandé de sortir avec elle et tu sais ce
que je lui ai dit : « que j’aimais une autre fille ». Vivement samedi 13
mai à l’anniversaire de Rosy, j’espère que ce sera bien, je crois que je
resterai dormir là-bas. Tiens regarde j’ai composé un poème pour toi,
surtout ne te moque pas.  » Farfadett pour toi,/Je ferais n’importe quoi,/
Je traverserais monts et forêts /Pour t’être gré./Et pour recevoir un
seul baiser de toi/Je me plierai à tes quatre volontés rien que pour
toi/Tu es ma seule raison de vivre/Et pour moi, avant de m’endormir/Je
vois tes doux cheveux/Qui volent dans les cieux/Et dans ton regard je
vois une simplicité/Qui me permet de t’aimer/Je te dédis ces rimes/Pour
chanter mon hymne/Mon hymne amoureux/Qui me rend si heureux ». En bref ce
poème, c’est pour te dire combien je t’aime.

David

PS : Je t’envoie une photo de moi, je sais je ne suis pas photogénique,
mais pourrais-tu m’envoyer une photo de toi ?  »

Trop mimi ce petit poème… et évidemment la photo n’est pas dans
l’enveloppe. Je ne me monte pas du tout la tête, mais je me dis que c’est
quand même fou d’avoir complétement occulté ce mec, mon côté légèrement
nostalgique me pousse à savoir ce qu’il est devenu, une petite excitation
en fait. Je cours dans ma chambre, et ouvre mon petit meuble ou je
conserve 20 ans de ma vie, dans 20 carnets représentant chacun une année.
Je me réfère au carnet 1995-1996, et l’ouvre pour satisfaire mon enquête.
Sur la première page, une vue d’ensemble du calendrier de l’année en
cours, à cette époque-là j’emballais à tout va, alors je mettais des
couleurs lorsque je sortais avec un mec, et en effet le mois d’avril est
consacré à David. Mais toujours pas de nom de famille, et toujours pas
trop de souvenirs, en même temps des gouttes d’eau ont coulé sous mes
pieds depuis. Il me reste le répertoire à la fin du carnet, et là, je le
vois. Son nom me fait comme un électrochoc mais aucun visage ne me
transperce. Je recours dans l’autre sens, je tape direct son nom sur
Facebook, le réseau social dans toute sa splendeur pour retrouver ses
amis. Je tape  » entrée  » et non, rien. Bon, il ne doit pas être dans le
milieu. Soyons fou, je tape son nom directement sur Google. Mon coeur ne
fait qu’un tour, son nom apparaît enfin. David F. Avis de décès. Il s’est
suicidé l’année dernière, il avait une femme et deux enfants. Je pleure.

Quelle chance pour moi d’avoir emménagé dans cette petite maison du bord
de mer de Saint-Hilaire-de-Riez. Le cri des mouettes, le sable et le
vent, l’odeur du goémon, l’authenticité de la corniche… Aaaaaah !!!!!
Mon bel Océan… que je retrouve, après trois années passées non loin des
montagnes. Me voilà, la tête dans mes nombreux cartons, en me demandant
encore ce que je pouvais bien faire avec autant de broutilles, de
conneries, de fringues de toutes les matières et de toutes les couleurs,
de souvenirs, une partie de vie qu’il m’est impossible de mettre loin. Je
m’installe bien confortablement au fond de mon canap’, avec une bonne
tisane et décide de mettre le nez, mais surtout l’esprit à un carton en
particulier. Le carton qui sourit, et qui se cache depuis que le crayon
et les correspondances ont été remplacés par les 26 lettres de
l’ordinateur, depuis que la touche entrée a remplacé le timbre. Le carton
est rempli de centaines de lettres et de cartes postales, il sent
l’ancien, il est coloré, il est tout comme j’aime. Mais avant tout, faut
que je trie. Je pense que faire des tas est la bonne solution : lettres
des copines de primaire et collège, lettres de la famiiiiiillllle !,
lettres des potes qui te racontent leurs voyages, et bien sûr lettres
d’amour, parce que oui, j’en ai, moi, des lettres d’amour. Bon d’accord !
Cela fait longtemps que je n’en ai pas reçu, mais je ne désespère pas.
J’étais donc en train de trier tous ces bons souvenirs, lorsqu’une lettre
attira mon intention, pourtant elle n’avait rien de spécial par rapport
aux autres, enveloppe rectangulaire, adresse écrite au stylo plume, et
Marianne en haut à droite, mais avant même de l’ouvrir, je la sens. Une
mémoire olfactive, lointaine, a réveillé un sentiment, mais impossible de
me souvenir. J’ouvre la lettre et voilà ce que j’ai pu lire : (Je tiens à
signaler que j’ai 17 ans et que cette lettre est du niveau 17 ans)

 » Jeudi 19 avril 1995, il est 22 h 47

Farfadett, Je voulais te remercier pour ta lettre, elle m’a fait très
plaisir. Là, je suis dans ma chambre, j’écoute la radio et je t’écris car
tu m’as dit de te renvoyer la balle alors je te la renvoie. Bon, par quoi
commencer, je ne sais pas, toi tu sais… Pourquoi tu ne me réponds
pas… Ah oui, excuse-moi j’ai piqué un délire, car tu me manques
beaucoup, tellement je dirais, que je croyais que tu étais là, car je
t’imagine à chaque instant. Alors je vais commencer, tu sais samedi soir,
je n’étais pas sûr que c’était toi, puis quand tu es venue vers moi, je
me suis dit, enfin elle m’a reconnu. De plus tu m’as traîné de force
dehors, moi qui ai toujours froid, mais tu sais je ne regrette pas. Et
quand on s’est embrassé, j’ai cru rêver. Mais le souvenir le plus fort,
je crois que c’était l’odeur de la friture car on était près des frites.
(Bon ok, j’arrête, excuse-moi je voulais être drôle, d’accord ça n’a pas
marché) Je suis content que tu aies une « grande gueule » comme cela au
moins tu parles, car tu sais une fille qui ne parle pas, c’est barbant.
Au téléphone tu m’as dit que tu dessines, mais tu dessines très bien, tu
sais ? Bon je vais te laisser, il commence à se faire tard, moi je me
lève tôt demain.

Gros bisous David  »

Une fois fini de lire, je regarde dans le vide et rien ne vient, je ne
sais pas qui est ce « David ». Aucun nom de famille, que pour seule
information, la date d’envoi sur l’enveloppe, « 1995 », et le nom de la
ville, Bois-de-Céné. Je fouille encore et je retrouve deux autres lettres
de ce même destinataire. La deuxième dist ceci :

 » Farfadett, je voulais te dire que ta lettre sentait bon. Et au fait je
crois que j’ai compris ton dessin, et c’est pour cela que tu as écris
dans ta lettre que ça risquerait de me choquer, tu sais ça me choque pas
du tout, rien n’est plus beau. S’il te plait arrête de me parler de
Virginie dans tes lettres, oui, je sais, j’ai fait une grosse connerie,
c’est de l’histoire passée. Alors comme cela, tu es jalouse, j’ai intérêt
à me tenir à carreau, sinon gare à moi, et moi, tu crois que je suis
jaloux, tu te rappelles du Saphir à Challans, avec l’autre mec, tu étais
en train de lui parler, et moi j’ai été faire un tour, et entre temps une
fille est venue vers moi et m’a demandé de sortir avec elle et tu sais ce
que je lui ai dit : « que j’aimais une autre fille ». Vivement samedi 13
mai à l’anniversaire de Rosy, j’espère que ce sera bien, je crois que je
resterai dormir là-bas. Tiens regarde j’ai composé un poème pour toi,
surtout ne te moque pas.  » Farfadett pour toi,/Je ferais n’importe quoi,/
Je traverserais monts et forêts /Pour t’être gré./Et pour recevoir un
seul baiser de toi/Je me plierai à tes quatre volontés rien que pour
toi/Tu es ma seule raison de vivre/Et pour moi, avant de m’endormir/Je
vois tes doux cheveux/Qui volent dans les cieux/Et dans ton regard je
vois une simplicité/Qui me permet de t’aimer/Je te dédis ces rimes/Pour
chanter mon hymne/Mon hymne amoureux/Qui me rend si heureux ». En bref ce
poème, c’est pour te dire combien je t’aime.

David

PS : Je t’envoie une photo de moi, je sais je ne suis pas photogénique,
mais pourrais-tu m’envoyer une photo de toi ?  »

Trop mimi ce petit poème… et évidemment la photo n’est pas dans
l’enveloppe. Je ne me monte pas du tout la tête, mais je me dis que c’est
quand même fou d’avoir complétement occulté ce mec, mon côté légèrement
nostalgique me pousse à savoir ce qu’il est devenu, une petite excitation
en fait. Je cours dans ma chambre, et ouvre mon petit meuble ou je
conserve 20 ans de ma vie, dans 20 carnets représentant chacun une année.
Je me réfère au carnet 1995-1996, et l’ouvre pour satisfaire mon enquête.
Sur la première page, une vue d’ensemble du calendrier de l’année en
cours, à cette époque-là j’emballais à tout va, alors je mettais des
couleurs lorsque je sortais avec un mec, et en effet le mois d’avril est
consacré à David. Mais toujours pas de nom de famille, et toujours pas
trop de souvenirs, en même temps des gouttes d’eau ont coulé sous mes
pieds depuis. Il me reste le répertoire à la fin du carnet, et là, je le
vois. Son nom me fait comme un électrochoc mais aucun visage ne me
transperce. Je recours dans l’autre sens, je tape direct son nom sur
Facebook, le réseau social dans toute sa splendeur pour retrouver ses
amis. Je tape  » entrée  » et non, rien. Bon, il ne doit pas être dans le
milieu. Soyons fou, je tape son nom directement sur Google. Mon coeur ne
fait qu’un tour, son nom apparaît enfin. David F. Avis de décès. Il s’est
suicidé l’année dernière, il avait une femme et deux enfants. Je pleure.

Farfadett, 36 ans