Notre frère aîné Marcel, né en 1922, qui nous a quittés en 2008, est né
avec la passion pour les animaux.

Dès 1937, à quatorze-quinze ans Marcel,  » le touchàe lés beïs  » il
conduisait les bœufs, son travail était surtout le dressage et la
conduite des bœufs.

C’était l’homme de la charrue, avec deux boeufs parfois quatre, faisant
les labours avec le brabant,  » le vorsour  »  » la crételeuse  » la herse,
pour casser les mottes de terre et le rouleau, pour affiner et tasser les
graines éventuelles en surface.

Il prenait un grand soin du bétail et plus particulièrement de ses bœufs.
M me encore plus pendant les chaleurs de l’été, en leur donnant à manger
et à boire en priorité, avant que lui m me prenne son déjeuner, de sorte
qu’ils soient prêts à repartir ensemble aux champs.

A la Métairie du Plessis Ravard, de Maché, nous étions tous polyvalents
au travail, mais pour Marcel, sa principale activité, c’était bien le
bouvier de la famille.

Il aimait cela, on le voyait heureux avec les bœufs. Il arrivait à leur
faire faire des choses, que nous-m mes étions incapables de reproduire.

Il les conduisait avec  » l’aguellun  » (l’aiguillon) en main, qui servait
plus à les guider que pour  » lés picàe  » les piquer.

Les aiguillons, ayant une pointe au bout, qui était utilisée uniquement
en cas de nécessité, face à une difficulté, ou les bœufs devenaient
hésitants, ceci pour les aider à passer l’obstacle.

Quand Marcel était au labour avec les bœufs, il les appelait par leurs
noms, il sifflait, chantait aussi, dans les faits il leur parlait.

Pour nous, la question à toujours été, pourquoi cette symbiose entre le
bouvier et les bœufs ? Ils communiquaient entre eux au rythme de leurs
pas.

Marcel, n’était pas le seul bouvier dans notre environnement, parce qu’il
était courant d’entendre les bouviers des Plessis : Ravard et Corbeil, de
la Frisière de Maché, de la Bonnière et de l’Abbaye, d’Apremont, sur la
rive droite de notre rivière La Vie.

Il y avait aussi ceux situés sur l’autre versant, la rive gauche, de ce
quartier du Moiron d’Aizenay, de la Basse-Burnière et de la Giraudinière.

Nous les entendions siffler et chanter, parfois plusieurs en m me temps,
dans ce calme de la Vallée de la Vie, qui nous permettaient d’entendre
ces différents échos.

Dans les années 1940-1950, notre vécu était souvent dans les prés soit à
garder les vaches, étendre le fumier dans les champs, participer aux
différents travaux selon le rythme des saisons,

Nous profitions de cette ambiance de voisinage, ou très facilement nous
reconnaissions les voix des intervenants. Mais, nous ignorions à l’époque
ce qu’était le  » dariolajhe  » vocalise, ornement musical.

Il nous a fallu plus de soixante-dix ans pour le découvrir, ceci en
mettant en commun les notes de nos rencontres familiales, en vue de
réaliser l’  » Itinéraire de notre famille Papon « .

Maintenant, nous en savons plus sur ce savoir-faire rural, grâce auquel
les bouviers parvenaient à tirer le meilleur de leur attelage, sans
maltraiter leurs animaux.

Pour nous deux, ces échos dans notre Vallée de la Vie, résonnent encore
dans notre mémoire. C’est émouvant de le revivre.

Note :

Il en est fait référence dans notre livre familial une famille vendéenne
à travers les siècles en pages : 185 – 295 – 317.

Henri et Simone