J’avais décidé de vous raconter ma petite histoire pour Pâques mais j’ai
laissé filer le temps ; Pâques est passé et j’ai toujours mon historiette
sur les bras. Alors la voici, avant Pentecôte tout de même !

S’il en est des termes régionaux et même locaux comme des anecdotes
familiales, c’est que, bien souvent il faut être initié pour les
comprendre, en saisir toutes les nuances et les subtilités, voire même
pour ne pas tomber dans le piège grossier du contresens, mais là, en
l’occurrence, le gouffre, l’abîme et son cortège de fou-rire…

Pâques, revenons-y : ses cloches, ses lapins ou autres poules, oeufs et
promesses de calories chocolatées, mais pas seulement. Pâques est aussi
le moment de l’année où l’on confectionne par ici un délicieux dessert,
savoureuse crème aux oeufs dans son panier en croùte.

Il y a quelques années de cela, époque de la bande d’ados à la maison, la
table s’était agrandie et deux autres gaillards toulousains ainsi que
leur mère se joignaient à l’équipée pour des vacances qui, ignorant le
printemps, s’appelaient encore  » vacances de pâques « . Apéro
traditionnel, gigot et sans doute ses haricots que nos toulousains ont
probablement qualifiés de  » tarbais « , sacrilège pour les mogettes,
salade et fromage plus tard, voici qu’arrive sur la table avant les
chocolats, le dessert de Pâques. Et nos jeunes vendéens sans l’ombre
d’une hésitation annonce fièrement que Pâques ici est aussi la fête
du…Fion !

Quel rire fusa en premier ? Qui faillait s’étouffer dans un fou-rire
aussi brutal et soudain que sonore ?

On ne le saura jamais, tant les uns pliés en deux entraînaient les
autres, dans une spirale contagieuse qui aurait pu s’avérer dangereuse si
la dégustation du met au centre de l’hilarité générale avait déjà débuté
; par bonheur, les bouches et les gosiers étaient vides, personne ne
s’étouffa vraiment, mais on pleura à chaudes larmes en tenant de
s’expliquer, de se justifier ce qui ne faisaient que relancer la machine
à rire.

Plusieurs années plus tard, assez récemment en fait, l’évènement se
reproduisit pratiquement à l’identique, mais cette fois l’hôte ignorant
de subtilités de vocabulaire culinaire vendéen était plus âgé et
l’auditoire était différent. L’incident aurait pu tourner au drame, car
la réserve et la politesse qui empêchaient notre ami de rire franchement
malgré une envie manifeste, le conduisirent presque à l’étouffement tant
il est nocif de se retenir dans ces cas-là.

Moralité : on ne se méfiera jamais assez du fion au moment des fêtes de
Pâques… !

Hélène, 56 ans