L’été de mes dix ans, j’ai été invitée par ma meilleure amie à passer un
mois chez sa grand-mère dans la campagne bourguignonne.

Un bel après-midi, lasses de jouer à la maison, nous décidons de prendre
nos vélos. Et en avant, on pédale à l’aventure. Nous décidons de couper à
vélo par un champ. Nous profitons du paysage, nous roulons tranquillement
quand soudain déboule en contrebas du champ une masse imposante. Un
troupeau de vaches nous fonce dessus, comme un taureau sur un quidam
habillé de rouge. Montée d’adrénaline : la masse se rapprochant
dangereusement, je saute de mon vélo et passe en courant par-dessus une
barrière, atterrissant dans les ronces sans rien sentir sous le coup de
la frayeur. Mon amie me suit. Elle a eu moins peur que moi.
Personnellement, je ne veux absolument pas retourner dans ce champ. à
présent à l’arrêt, les vaches nous fixent et nous narguent.

Mon amie respecte mon choix, et nous récupérons nos vélos par-dessus la
barrière.

Nous passons dans le champ voisin, puis le champ voisin et continuons
ainsi dans un dédale de champs. Force est de constater que nous sommes
perdues. Je ne sais même pas reconnaître mon chemin grâce à la position
du soleil. Après des heures d’errance sous un soleil de plomb, nous
arrivons ruisselantes de sueur et couvertes d’égratignures sur une route
qui nous mène à un hameau. Pleine d’audace et morte de soif, je frappe à
une porte : une dame nous ouvre. Je lui explique la situation, nous
discutons tranquillement, elle nous offre gentiment à boire.

Puis nous reprenons notre chemin avec courage en pédalant plus facilement
que dans l’herbe des champs. Après maints détours, nous rejoignons notre
village, fourbues.

La grand-mère de mon amie ne s’est pas trop inquiétée de notre absence,
car elle sait sa petite-fille autonome et indépendante. Quant à moi, je
m’en suis voulu d’avoir continué par un autre chemin, car c’est pour cela
que nous nous sommes perdues pendant des heures. Cependant, mon amie ne
m’a fait aucun reproche.

Femme, 46 ans