Depuis qu’il avait prit l’habitude de courir longtemps sur les plages de Marseille, Samir s’était découvert une nouvelle passion : la course, ou le demi-fond comme il l’appelait maintenant qu’il était devenu professionnel. Dans son quartier au bord de la mer, Samir avait grandit, et avec le temps, au fur et à mesure que son niveau de scolarité chutait, il avait été inscrit par son père dans le lycée sportif de leur arrondissement, car d’après son ancien professeur d’éducation physique et sportive il excellait dans cette matière. Une chance pour lui, car à 16 ans il avait remporté le tournoi de course inter lycée et 2 ans plus tard il était champion régional. Maintenant qu’il venait d’avoir 21 ans, le jeune marseillais avait réussi à se qualifier aux Jeux Olympiques Méditerranéens, puisqu’il était classé deuxième dans les éliminatoires ! C’était une grande occasion pour lui de montrer de quoi il était capable et de se faire un nom dans sa discipline.

Une semaine avant l’ouverture des jeux méditerranéens en Tunisie, Samir avait décidé de faire un « stage »  de trois jours en Ethiopie, là où il voulait s’entrainer en condition extrême. Le haut niveau des éthiopiens tient son origine des conditions de leur entrainement : de l’endurance sur des plateaux en altitude sous une chaleur torride. En effet, les conditions de la compétition finales leur semblaient « reposantes » et les éthiopiens n’avaient pas de mal à surpasser leurs concurrents pour obtenir une place sur le podium.

Avec ça, Samir était convaincu qu’il serait bien préparé pour la compétition organisée à Tunis.

Tunis, une semaine plus tard

L’ouverture des Jeux Olympiques Méditerranéens : l’événement sportif du moment. Des dizaines de chaines diffusaient le spectacle d’ouverture en direct et filmaient les sportifs qui défilaient sur la piste, dont figurait parmi eux Samir en compagnie de la fédération française. Il admirait le spectacle, il faisait partie du spectacle, quelle fierté pour lui et pour ses parents qui le regardaient depuis les premières loges !

Le lendemain, c’était son épreuve. Samir s’était bien entrainé mais il était quand même stressé. Dans le bus qui les transportaient jusqu’au stade, il avait réussi à oublier ce qu’il allait bientôt affronter car il discutait avec ses amis, mais maintenant qu’il était sur les starting-blocks, il ne pouvait plus résister au sentiment de peur qui l’envahissait. La caméra passa devant lui et s’arrêta plus longtemps sur Gustavo Ramos, le coureur espagnol, favori de la compétition. Bang ! La détonation donnée par l’arbitre avait lancé les candidats sur le circuit de 2000 mètres. Le début de la course ne présentait aucun vrai favori, tant le classement changeait souvent, mais à partir de 1200 mètres, la fatigue se faisait se faisait voir sur le rythme des concurrents et seul trois candidats dépassaient le lot des coureurs : Gustavo l’espagnol, Oussama le tunisien et Samir qui les talonnaient de près. Après plus de 1700 mètres, le tunisien commença à ralentir et malgré les encouragements des supporteurs locaux, il se laissa distancer par le français et l’espagnol. Plus que 200 mètres. Samir savait que c’était la dernière ligne droite et il prit enfin la décision d’accélérer. L’espagnol aussi accéléra, mais quelques mètres avant la ligne d’arrivée, son visage se déforma et il afficha une expression de douleur. Il tomba par terre sous la douleur en se tenant la cuisse droite et se laissa dépasser par Samir qui filait tout droit vers la ligne d’arrivée. Quelle joie fut celle de ce dernier lorsqu’il fini en tête de la course mais apparemment, sa victoire n’était pas la chose qui intéressait le plus les médias. En effet juste après l’arrivée du dernier candidat, les médecins et les caméras envahirent la piste de course et filmèrent le favori espagnol qui se tordait de douleur en se faisant appliquer un calmant sur sa jambe. Apres avoir fêté sa victoire avec ses compatriotes français, Samir apprit que Gustavo, le favori et champion en titre espagnol, était déclaré forfait par le médecin de la fédération espagnole. Le coureur avait eu une déchirure musculaire et il ne pourra pas poser les pieds sur une piste pendant trois mois. Samir se réjouissait intérieurement de voir que son principal concurrent ne pourra plus participer à cette compétition mais il savait que dans la course passée, il s’était juste qualifié à la finale, et c’était dans sa prochaine course que tout allait se jouer, et qu’il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Ethiopie, 5 jours auparavant

L’ouverture des jeux était dans cinq jours et jusqu’à maintenant, Samir n’avait pas remarqué d’amélioration dans ses performances. Les courses d’endurance qu’il avait mené avec des éthiopiens sur les plateaux en altitude lui avaient juste servi à paraître pour un amateur derrière les autres coureurs locaux qui le dépassaient de beaucoup et se fatiguaient beaucoup moins vite. Le soir, à l’hôtel, Samir se sentait seul car il n’avait pas de personnes avec qui discuter. Il dinait tranquillement lorsqu’un monsieur éthiopien d’environ trente-cinq ans se tint debout devant lui et lui adressa la parole. « – Bonsoir, est ce que je peux m’asseoir à votre table ? » Quelle chance ! se dit Samir, un homme qui parle français ! «- Je vous en prie. » répondit le jeune marseillais, ravi de trouver un compagnon dans la capitale Addis-Abeba

«  – J’ai appris par le réceptionniste que vous êtes un français qui est venu ici pour s’entrainer aux courses d’endurance. » dit l’homme assit en face de lui. Samir en voulut au réceptionniste d’avoir dévoilé toutes ces informations sur lui mais il répondit quand même « – Exactement. L’Ethiopie est un beau pays mais j’ai du mal à m’entrainer à cause des conditions difficiles. 

– Ah, je comprend. Ca te dirait de goutter à un de nos produits fétiches, le genre qui te remet la pêche et qui te permet d’être plus fort ? » Samir savait ou il voulait en venir : cet homme était en train de lui proposer des produits dopants. « – Ça va pas ou quoi ? Je ne consomme jamais ce genre de substances, et même si j’en prenais, je me ferais coincer par les dépisteurs de dopage !

– Non, vous ne vous ferez pas coincer car ce que je vous propose est un produit relativement ancien par rapport aux nouveaux produits dopants, et le matériel de dépistage ne pourra pas déceler la moindre trace de cette plante puisqu’il n’y est pas adapté. Vous pourrez gagner des tas de courses sans risques. » Il regardait Samir fixement et ce dernier se mit à réfléchir.

Tunis, le jour de la finale

La finale, enfin ! Samir se préparait psychologiquement à affronter les meilleurs athlètes méditerranéens et ne pensait qu’à la course, pour éviter de se rappeler la médaille d’or qu’il y avait au bout. Dans les vestiaires, il se dirigea vers les toilettes et après s’être observé longuement dans le miroir il s’aspergea le visage d’eau bien fraiche…

A présent, Samir arpentait la piste en tartan et posa son pied gauche sur le starting-block. Il n’attendait que le coup d’envoi de l’arbitre. Bang !

Moins d’une demi heure plus tard, Samir était filmé par toutes les caméras, les journalistes se disputaient une interview avec le nouveau champion de la méditerranée mais ce dernier était trop occupé à se réjouir de sa victoire avec ses amis. Plus tard, un homme tira Samir à l’écart, vers les locaux de contrôle anti-dopage.

«  – Vous ne trouverez rien chez moi, ni EPO, ni PFC, rien du tout, s’exclama Samir, sur de lui.

– Je vous le souhaite, dit le médecin. Mais on constaté récemment que beaucoup de sportifs n’utilisent plus ce genre de produits. On a apprit que les athlètes consomment des produits indétectables par les appareils ou les différents tests parce qu’ils sont anciens, comme des plantes qui multiplieraient les capacités physiques. Donc on vient d’adapter les machines à ce genre de substances. »

Quelques jours plus tard, le scandale avait éclaté dans la presse française : le champion marseillais aux jeux méditerranéens de Tunis s’était dopé. Samir ne se sentait plus aussi confiant, mais au contraire, il pensait que de tout les courses qu’il avait gagné depuis le lycée, il n’en méritait aucune. Son sang avait été souillé par cette substance diabolique. Sa médaille d’or lui a été retirée, il passera donc devant le comité de discipline et risquera de ne plus participer à aucune compétition pendant tout le restant de sa carrière…

« Qu’est ce qui s’est passé ? » se demanda Samir. Il constata qu’il était encore dans les vestiaires devant le miroir. Apparemment, tout ce qui s’était passé était dans sa tête, il avait donc imaginé tout ca. Il entendit le bruit de la foule qui s’excitait à l’idée d’assister à la finale des 2000 mètres et se résolu enfin de quitter cet endroit pour rejoindre les autres participants sur la ligne de départ, mais cette fois ci, il n’était plus stressé car quoi qu’il arrive, il ne se fera pas déclarer dopé car il n’avait jamais consommé de substance en Ethiopie et il pourra gagner ou perdre, peu lui importait puisqu’il jouera sans produits dopants, mais avec de la résolution !