« Alors oui je laisse courir la rumeur, pour ne pas tomber j’ouvre mon cœur.
Alors oui je laisse mourir la rumeur, pour ne pas sombrer j’attends mon heure

Christophe Maé, La rumeur

Cette chanson est toujours dans ma tête depuis une semaine que je l’avais étendue. Et aujourd’hui, samedi 16 avril 2011, que j’avais choisi d’aller boire un café dans la rue Navarinou dans le bistrot « Circus » – c’est la première fois que je me trouve toute seule – c’est «La rumeur» qui m’accompagne. C’est un après-midi assez chaud et je me suis assise en dehors. Mes pensées sont concentrées sur la beauté du mot rumeur. Pour une raison inexplicable je le trouve fascinant ! Maintenant je suis assise avec une tasse de café au lait et je lis le livre de Jane Austen « Mansfield Park » que je ne trouve pas très intéressant jusqu’au moment où deux filles entrent dans le café.
La première fille je vais l’appeler Bérénice (c’est un jeu personnel d’inventer les noms des gens inconnus). Elle est grande et mince, elle a les cheveux longs et blonds et les yeux marron. Elle a plutôt vingt quatre ans. Elle porte une jupe bleue avec un pullover rouge. Pour la seconde fille je préfère le nom Danaé. Danaé est petite et mince, elle a les cheveux courts, frisés, bruns et les yeux verts. Elle a le même âge que Bérénice, elle porte un jean avec une chemise violette. Elles sont assises en face de moi, discutent un peu et après elles demandent deux chocolats chauds. J’ai l’impression qu’elles avaient disputé parce que Danaé n’est pas à l’aise et elles ne parlent pas jusqu’au moment où les chocolats arrivent. Je n’espionne jamais les gens que je ne connais pas, mais je pense qu’aujourd’hui que je vais faire une exception. Je porte mes lunettes de soleil pour qu’elles ne comprennent pas que je les regarde.
Encore deux minutes passées et je commence à perdre tout mon intérêt. Rien de spécial va se passe dans ce bistrot … Mais attends Bérénice a commencé à parler !
Pourquoi tu es déçue aujourd’hui ? Qu’est-ce qui s’est passé de mal ?
J’ai eu tort, elles n’avaient pas disputé. Quelque chose trouble Danaé. Elle ne répond pas et elle regarde muette sa tasse de chocolat. Je suis curieuse de découvrir ce qui se passe avec elle. Quelle était la cause de son enfermement ?

B : – Allo, tu m’écoutes?
D : – Oui, oui je t’écoute. Ne t’inquiète pas rien de spécial ne s’est pas passé.
B : – Mais il y a quelque chose quand même qui te préoccupe. Tu a vu Serge samedi soir à Gazi ou non ? Vous avez disputé ?

Quand Bérénice a dis le nom Serge, Danaé a rougi et elle a continué à regarder sa tasse.
B : – Ok j’avais compris. Qu’est ce qu’il avait maintenant ton ami ? Il a une dizaine des problèmes que tu dois résoudre pour lui encore une fois ?
D : – Non, tout va bien.
B : – Est-que je peux te poser une question ? Tu sais que je n’éprouve pas de sympathie pour Serge parce que je crois qu’il n’appréciera jamais tout ce que tu as fait pour lui, mais tu peux me dire ce qui te trouble et je te promets que je vais faire des efforts pour ne pas dire du mal pour lui.
D :– Tu sais que tu l’as déjà critiqué, mais je suis habitué à ton comportement.
B : – Bon si tu es habitué à mon comportement, c’est quoi ton problème et tu ne me parles pas ?
D : – Il m’a dit quelque chose qui me préoccupe et possible que tu avais raison toutes ces années …

En ce moment Danaé arrête de parler. Bérénice la regarde assez confuse, mais en ce moment elle ne parle pas. Je pense qu’elle ne veut pas l’interrompre, du fait qu’elle a décidé de parler.
Quelques secondes après Danaé continue…
D: – Je me souviens quand j’avais commencé de sortir avec Serge, tu m’avais dis : « L’amitié entre les deux sexes est un conte et je crois qu’il ne marchera jamais, fais-attention !»
B : – Je ne comprends pas. Dis-moi exactement ce qui s’est passé..
D : – Quand j’étais arrivée à Gazi je suis allée dans le bar «Dirty Ginger». Il était-là et il m’attendait. Je pouvais voir qu’il était très sérieux ce soir, mais je n’avais pas fait attention. On avait discuté un peu et soudainement il s’est arrêté de parler, il m’a regardé et il m’a dit que je suis une de ses plus importantes connaissances de sa vie. Tu n’as pas raison qu’il ne m’apprécie pas parce qu’il m’a dit que personne ne le comprenait mieux que moi et qu’il faisait confiance en moi.
B : – Je n’avais aucune idée qu’il était si romantique.
D : – Tu as promis que tu ne te moquerais pas de nous !
B : – Excuse-moi c’est l’habitude ! Ok, tout ce que tu a dis c’est très bien et je ne comprends pas pourquoi tu es malheureuse.
D : – Je ne suis pas malheureuse et laisse-moi continuer ! Alors j’ai lui répondu qu’il est gentil et que je l’aime beaucoup. Ne parle pas ! Merci. Mon problème c’est qu’il ne s’est pas arrêté là, non il avait besoin de continuer !

Je peux comprendre du ton de sa voix ce qu’elle va dire énervée.
D : – Donc il a réfléchi beaucoup et il a décidé de me tenir au courant qu’il est amoureux de moi.
B : — Après cinq ans d’amitié c’est le mieux qu’il pouvait dire ? Il n’est pas du tout mature !
D: – Je suis encore choquée. Il était mon seul ami.
B : – Tu as raison de te sentir comme ça ! Pourtant tu n’as jamais considéré que ce fût inévitable que des sentiments plus complexes vont arriver ?
D : – Jamais. Il est mon ami, je l’ai encouragé quand il avait besoin de mon aide, on s’amusait et je lui ai fait confiance. Tu ne peux pas comprendre. La règle est tout simple : ne tombe jamais amoureux avec un ami.
B : – Apparemment la règle était claire et simple pour toi ! Tu n’es pas le seul cas, c’est très commun tu te souviens quand .…

En ce moment mon portable sonne ! Je ne réponds pas. C’est ma mère, elle doit faire un peu de patience !
D : – Oui je me souviens.
B : – Comment avais tu réagi après cette confession amoureuse ?
D : – Je la regardais pour quelques instants sans savoir ce que je pouvais faire et je lui ai dit « Ce que tu m’as dit est le résultat de deux années que tu es seul. Tu n’es pas amoureux de moi, tu te sens seul. Tu dois prendre ça en considération». Il a commencé à dire quelque chose mais je me suis levée et je suis partie.
B : – Ta réaction était un peu dramatique et ce n’était pas très gentil de ton côté.
D : – Oui, je sais. Il m’a téléphoné cinq fois après, mais je n’ai pas répondu.
B : – Tu ne peux pas te cacher pour toujours.
D : – Je suis en colère. Quand je suis prête, je lui reparlerai.
B : – Il y a la possibilité que quand toi tu seras prête, il n’aura pas envie de te parler, il est égoïste il ne va plus t’appeler.
D : – Je n’attends pas qu’il le fasse.
B : – Je ne comprends pas. Jusqu’à samedi il était ton ami le plus précieux et maintenant tu fais comme s’il n’existe plus ?
D : – On peut passer à autre chose …
B : – Si tu te sens que nous avons épuisé ce sujet …
D : – C’est difficile pour moi de faire face à tout ce qui s’est passé.

Elles arrêtent de parler. Bérénice regarde Danaé qui est en doute.
Et moi ? Qu’est ce que je fais moi ? Je suis dans un bistrot depuis trois heures, en écoutant deux filles à parler il y a une heure. Je cherche la raison de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. Je suis partie de chez moi sans savoir où je vais. Le bus me laisse à Evangelismos et je choisis de marcher vers la direction de Kolonaki et à «Circus» parce que c’est mon bistrot préféré. Je suis assise ici en pensant à n’importe quoi (à ma chanson préférée en ce moment, à l’étymologie d’un mot) et voilà ces deux filles qui arrivent avec leurs problèmes et leurs conflits. En ce moment de ma vie j’évite d’affronter des problèmes, comme Danaé. Mes amies et ma mère me pressent de trouver des solutions, comme Bérénice. Je fuyais pour mettre mes pensées en ordre, mais ça ne va pas m’aider. Je dois atterrir sur la réalité.
Je marche dans la rue Skoufa et après dans la rue Patriarxou Ioakim pour arriver à la station du Métro Evangelismos et je prends le bus X14. Concernant les deux filles croisées dans le bistrot je crois que Danaé est aussi amoureuse avec Serge et Bérénice est consciente de ça, mais elle veut que Danaé affronte ses sentiments quand elle est prête. Je ne sais pas quand et si elle va l’admettre, mais ce que j’avais découvert est que le cache-cache avec tout le monde qu’on aime quand on ne se sent pas bien est inutile. Il y a des moments dans la vie qu’on a besoin de quelqu’un qui nous pousse pour prendre une décision et réagir efficacement. Danaé avait besoin du soutien et de l’incitation de Bérénice pour faire face à ce problème avec Serge.
Cette conversation devant laquelle j’ai été témoin n’est pas unique. Possible qu’elle est assez ordinaire face à d’autres histoires vraies qui se déroulent actuellement dans notre ville athénienne, histoires des conflits amoureux, conversations amicales du quotidien. Mais avant tout c’est un témoignage d’une conversation réelle que j’ai entendue dans ce bistrot en observant dès le début le comportement de deux filles inconnues.

Ηistoire vraie collectée dans le cadre du projet collectif « La ville d’Athènes – Petites traces de vie et histoires croisées »
Atelier d’écriture créative, Université d’Athènes, enseignante : M. Katsantoni, promotion année 2011.

Aggeliki Giannoulaki – Texte / Text
Histoire écrite en français / Story written in French