Meurtres sans préméditation

1996: La place du marché “MALGACA”; ma fille a 2 ans, je me tiens devant une mercerie ou je demande le prix de collants en laine, une voix grave me dit: “Vous avez un accent bien drôle!”. Je me retourne et je vois un vieillard, l’air fatigué, assis sur une des marches d’une autre boutique. Je rétorque: “Je fais pourtant bien des efforts pour le cacher!” et il me répond: “Vous avez tort! En dissimulant votre accent, vous reniez, en quelque sorte, vos origines. İl ajoute en souriant: “Ne changez rien! Et puis, quand vous parlez cela donne une petite note d’exotisme” . Me rapprochant de lui, je m’assieds sur une marche plus basse, et il prend ma fille par le bras qu’il installe sur ses genoux. Nous discutons un moment du mélange des cultures et de la liberté d’expression. İl caresse sans cesse les cheveux de ma fille et quand nous devons partir, il me dit: “Faites d’autres enfants, ils sont notre richesse…”.
Trois semaines plus tard, le 23 mai 1996, le présentateur du journal télévisé, l’air solennel , annonce le déces du célebre chanteur, Tanju OKAN. Une de ses chansons est diffusée avec des photos qui le montre a des périodes différentes de sa vie. La derniere photo!! Mais oui! C’est mon vieillard!

1999: Lors d’une réunion d’un parti politique, mes amis tiennent absolument a me présenter un écrivain et politique célebre présent. İl s’appelle Fakir BAYKURT. Nous discutons politique et culture. 3 semaines plus tard, il meurt en Allemagne…
Quelques années plus tard, un des anciens maires d’Ankara, président d’un parti politique de gauche, vient me voir inquiet… İl me dit: “Delphine! Est-ce vrai? On vient de me dire que tu as tué Tanju Okan et Fakir Baykurt? Nous nous sommes rencontrés il y a deux semaines! Cela voudrait dire que je n’ai plus qu’une semaine a vivre???!!!”. Je lui réponds qu’il est encore jeune et son coeur peut résister quelques années encore ! Pendant toute la soirée, nous blaguons mais je remarque tout de même que son inquiétude persiste. 2 semaines plus tard, il m’appelle et me dit d’une voix joyeuse: “raté!!!”

Delphine Odabaşı – Texte / Text
Histoire écrite en français / Story written in French