A Palerme les balcons s’effritent, les balcons sont rongés par une maladie (tout comme les palmiers d’ailleurs), et on les a rafistolés de couches culottes vertes.

Un coin de rue comme un autre, dans le nouveau Palerme.

On m’a d’abord expliqué que c’était un problème de constructeurs véreux. A partir du sacco de la città des années 60, qui a vu la démolition de nombreuses villas anciennes, les entreprises immobilières se sont mises à faire pousser des immeubles modernes dont ni l’architecte ni le chef de chantier n’offraient de solides assurances.

Le problème de cette thèse est que l’on retrouve aussi, en se promenant dans la vieille ville, des balcons anciens, XVIIIe et surtout XIXe, avec leurs armatures en fer forgé, et leurs plaques de marbre, vêtus des mêmes couches-culottes vertes qui évitent aux passants de se faire faire dessus.

Des immeubles fin XIXe touchés par la maladie des balcons, qui s’est peut-être propagée à partir des quartiers neufs, mais a vite gagné l’ensemble de la ville…

Balcons dans la vieille ville, près de la Piazza Marina

J’ai donc pensé à l’érosion naturelle. Des balcons qui partent en miettes, balcons gorgés d’humidité, car Palerme est une ville, comme beaucoup, construite sur d’anciens marais, et que traversent des rivières. Si l’on ajoute à cela les fortes chaleurs d’été, la condensation, etc.

Un des balcons sauvés de la maladie, qui continue d’arroser ses plantes…

Il n’y a d’ailleurs pas que l’érosion naturelle. Les Palermitains ont l’habitude, et c’est une tradition, de garnir leurs balcons de plantes, qu’ils arrosent abondamment. L’érosion par les plantes donc, par la lourdeur des pots. Et puis les Palermitains aiment observer le monde de leur balcon, et échanger avec les voisins. Ils trépignent, font des gestes, s’expliquent bruyamment : ces phénomènes d’érosion humaine sont difficiles à mesurer. J’en ai parlé à deux trois connaissances, qui m’ont donné leur opinion en sicilien.

 

L’érosion humaine des balcons est tout à fait incontrôlable, surtout depuis la fin des années 90, qui a vu un changement de société, plus d’ouverture, des bars qui s’ouvrent, un désir de faire la fête, etc…

Palerme dégage globalement une impression de fragilité, comme un château de sable concrétisé par des artisans de génie, qui ne tient que par la grâce des stucs baroques ou la malice des enchevêtrements de câbles téléphoniques, électriques, de petites culottes pendues entre deux balcons de deux familles ennemies. L’impression d’écroulement, d’usure, survit tandis que depuis les années 90 et la reprise en main du maire Orlando Luca, la ville se rénove.

Palerme tient par ses balate, ses pavements de pierres grises, un marbre populaire, bourgeois au sens propre du terme, qui chuinte, humide, sali par les marchés del Capo, de la Vucchiria, piqué par les marteaux pour être moins glissant, au-dessus du marais et ruisseaux. Mais Palerme tient aussi grâce à la magie de ses marbres, à l’impressionnante habileté des artisans qui ont oeuvré pour l’Eglise catholique et l’aristocratie de cette ville de palais et d’églises-palais.

A l’intérieur, derrière les murs de sable, dans le quartier de Balaro…