En 2009, durant une résidence de création à Djijel, à l’Est d’Alger, j’ai vécu une expérience horrible dans une chambre d’Hôtel.
J’étais trop fatigué. Je n’avais pas le moral de vérifier la pièce comme j’avais l’habitude de le faire. En ouvrant la porte de la chambre, une atmosphère étouffante m’a angoissé. Je me sentais gêné par un air étrange. Je devrais me reposer mais rien ne m’a encouragé à fermer mes yeux et dormir en paix. J’ai posé mon bagage sur le lit et je suis sortie.
La nuit, je rentre dans la chambre, j’ai les yeux lourds. Il est minuit et quart. Je veux dormir, mais, il faut que je passe par la salle de bain. Je sens qu’il y a quelqu’un derrière le miroir. Mon regard n’est pas le même. J’ai peur, mais, une force étrange m’oblige à garder mes yeux fixés sur le miroir. Je ferme mes yeux et je sors de la pièce. Je n’ai pas pu effacer toute idée noire. J’ai essayé de me familiariser avec l’espace, après un bon moment, j’ai dormi. Deux heures plus tard, je me sens lourde, incapable de respirer et de bouger. J’ai lu des versets coraniques pour mettre fin à ce fantasme. Peu à peu, j’ai réussi à faire bouger mes bras et respirer. Je suis restée réveillée jusqu’à l’aube. Au lever du soleil, je n’ai pas pu résister au sommeil. Je me suis endormie. Après quelques minutes, je vis la même expérience de la nuit précédente. Je suis vite sortie de ma chambre. J’ai croisé un résident et la première phrase qu’il a prononcé était : «  Tu as vu un Djine ». J’étais sur le choc, je n’ai rien dit.
Le soir, à table, j’ai évoqué le sujet avec les autres résidents. Mustapha, un artiste peintre, a avoué qu’il a entendu des frappes sur sa porte, deux autres personnes ont déclaré la même chose.
Un ami m’a dit que lui non plus n’était pas bien dans sa chambre et qu’il l’a changé parce qu’il y avait un grand rochet au balcon. Un autre m’a donné des explications scientifiques pour mon état physique, il ne m’a pas convaincu. Quand je suis fatiguée, je dors comme un mort, rien ne me réveille.
Après trois jours d’insomnie et d’horreur, j’ai décidé de quitter la chambre pour aller dormir avec une amie, mais sa chambre était pire que la mienne. Il n’y avait pas une nuit qui passe tranquille. On entendait des bruits, des frappes et des marches devant la porte et même à l’intérieur de la salle de bain.

J’ai raconté mon drame à une résidente française. Elle était très attentive en écoutant mon histoire. Elle m’a cru. Elle m’a dit que les esprits existent. Ils sont comme nous, ils portent le bien et le mal. Je lui ai expliqué que je sens la présence des « Djines » et je peux même sentir les maisons hantées. Elle m’a répondu : tu es une personne croyante et les habitants du monde invisible n’aiment pas les gens croyants. Ils les gênent. Ils ne veulent pas notre présence. Ils ont peur de nous. Elle m’a demandé de prier Dieu pour renforcer ma croyance.
À ce moment, j’ai remonté dans le temps pour retourner à mon enfance. Quand j’étais petite, la nuit, je voyais une femme toute en noir dans notre ancienne maison, elle faisait des allers-retours dans le couloir, j’étais trop petite pour comprendre ce que je voie, j’avais peur et ma seule solution était de fermer mes yeux et ne pas faire de bruit.
Notre maison était hantée par des « Djines » et d’après la version de ma grand-mère, la maison était habitée par un groupe de femmes espagnoles. Elles faisaient de la magie noire. Elles ont averti ma grand-mère de ne pas vivre dans cette grande maison car elle porte la malédiction et le malheur à ses habitants. Le jour de notre déménagement, on a trouvé beaucoup de sel dans le lieu, plus tard j’ai su que le sel était un outil pour se débarrasser de mauvais esprits.
J’ai quitté la résidence trois jours avant sa fin. Le matin de mon départ, j’ai rencontré le partenaire du propriétaire de l’hôtel. Je lui ai demandé de me raconter la vérité de cet espace merveilleux de l’extérieur et effrayant de l’intérieur. Il m’a répondu : « l’hôtel appartenait à un groupe de terroristes dans les années 90. Des personnes de tous âges ont été torturées, violées et tuées ici. Après la restauration de ce lieu, on a remarqué des choses étranges. On entendait des bruits et des cris. On a fait appel à un « cheikh » pour expulser les « Djines » et depuis tout va bien. »
Il m’a rassuré car, j’ai su que ce n’était pas mon imagination ou mon délire, mais une vérité. J’ai raconté cette expérience durant mon exposition sur la résidence de Djijel. J’ai constaté que les gens se méfiaient de moi en pensant que je suis touchée par le « Djine » et que je dois voir un « cheikh »pour nettoyer mon corps et mon âme.

Souad Douibi – Texte / Text
Histoire écrite en français / Story written in French