Maurice Jalinat était né en 1921 à Paris et vivait à Rouen. En 1939 éclata la Seconde Guerre mondiale dans toute l’Europe et le 22 juin 1940 commença l’occupation de la France par l’Allemagne nazie sous le gouvernement de Vichy. Maurice venait de fêter son dix neuvième anniversaire et n’avait alors pas été enrôlé dans l’armée française à cause de son jeune âge.

Dès 1942, les allemands mirent en place le Service du travail obligatoire (STO) : des travailleurs français étaient réquisitionnés et envoyés contre leur gré en Allemagne afin de participer à l’effort de guerre allemand. Maurice ne fit pas exception et fut pris vers janvier 1943. Il avait perdu l’usage d’un œil peu auparavant : les allemands ordonnaient que, pendant la nuit, les phares des voitures et des vélos ne laissent passer qu’un mince filet de lumière de façon à ne pas signaler les routes aux troupes aériennes ennemies, mais on n’y voyait si peu que Maurice, travaillant de nuit, était tombé de vélo et ne pouvait plus voir de l’œil droit. Il essaya de mettre en avant ce petit handicap pour ne pas partir mais les allemands du STO lui rétorquèrent que ce qui ne l’empêchait pas de travailler en France ne l’empêcherait pas de travailler en Allemagne. Il fut donc envoyé à Hambourg avec de nombreux autres camarades.
Leur travail, rémunéré, consistait à décharger des cargos sur le port. Ils dormaient dans de grands dortoirs et devaient respecter certaines règles strictes, comme l’interdiction formelle de parler aux habitants. Leur situation était rude mais n’était rien comparée à celle dans les camps de concentration, certains s’étant même portés volontaires pour partir.

Les travailleurs avaient le droit à des permissions, en fonction de leur situation familiale. Maurice étant marié, il eu droit de rentrer deux semaines chez lui. Il avait prit la décision de ne pas revenir en Allemagne. Grand bien lui pris car Hambourg fut bombardé quelques temps après par des troupes anglaises et américaines : l’Opération Gomorhhe. La port fut détruit, causant environ 40000 morts, et le camp où il travaillait ne fut bien entendu pas épargné.

Il vécu caché dans sa maison, n’osant pas sortir. Personne dans son entourage n’était au courant de son retour, à part bien entendu sa femme Denise. Un jour cependant, pour la première fois depuis un an, il sortit pour aller chez le coiffeur. Peu de temps après son départ, deux policiers français frappèrent à sa porte. Denise, gardant tout son sang froid, leur ouvrit : ils la soupçonnaient de cacher Maurice dans la maison. Ils fouillèrent tout de fond en comble, mais ne trouvant aucune preuve de sa présence, repartirent.
Maurice revint plus tard et appris la nouvelle avec stupéfaction, n’en revenant pas de la chance qu’il avait eue pour la deuxième fois. Dans l’urgence, il construisit une cachette sous l’escalier et quelques mois plus tard obtenu une fausse identité par des résistants. Il put d’ailleurs se remettre à travailler sous ce nom.
Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour apprendre comment la police avait découvert sa présence : un voisin avait vu des chemises d’hommes sécher dans leur jardin et l’avait immédiatement dénoncé en échange d’argent. Collaborateur connu dans le quartier, il fut poursuivi et passé à tabac dans la rue par de nombreux habitants après la Libération.
C’est donc par ce chanceux concours de circonstances que Maurice vécu après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’âge avancé de quatre vingt dix ans.

Elise Jalinat-Werner – Barcelone – Texte / Text
Histoire écrite en français / Story written in French