La semaine dernière, une jeune femme voilée m’a raconté à Alexandrie une histoire qu’elle avait vue à la télévision : les salafistes seraient en train de rétablir une loi islamique permettant au mari de faire l’amour avec sa femme jusque six heures après sa mort (parmi d’autres lois régressives).

http://www.histoiresvraies.org/bibliotheque/the-last-goodbye/

Après recherches internet, et ne pouvant comprendre la télé égyptienne, le premier article en anglais faisant foi de ses dires est celui du site (sérieux) d’Al Arabiya :

http://english.alarabiya.net/articles/2012/04/25/210198.html

L’information a été relayée par le Dailymail de Londres : 

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2135434/Egypts-plans-farewell-intercourse-law-husbands-sex-DEAD-wives-branded-complete-nonsense.html

Dans son livre Rumeurs, le sociologue Jean-Noël Kapferer avait décrypté les histoires soit-disant vraies de ces gens qui découvrent un rat dans leur cannette de coca, ou qui prouvent que Procter and Gamble a pactisé avec le diable par les 666 inscrits dans la barbe de leur logo (changé depuis)…

Il est peut-être trop tôt pour analyser celle-ci, mais le sexe post-mortem, dans une société aussi démonstrative que l’Egypte dans sa manière de vivre la religion, où la majorité des hommes portent au front la pieuse Zbiba (le « raisin sec », trace de piété due au frottement du front sur le tapis de prière), où les mannequins devant les magasins de vêtements ont les yeux bandés afin que les passants ne les adorent pas en tant que fétiches concurrents d’Allah, semble rassembler voire dépasser tous les tabous concevables… 

Moi et les fétiches bandés, dans les rues d'Alexandrie

Que cette information (à vérifier, à disséquer) soit une manoeuvre politique pour déstabiliser les puissants partis que sont devenus le parti des Frères musulmans ou le Parti salafiste (75% à eux deux aux dernières élections) ou une rumeur émanant de l’inconscient de la société, elle n’en est pas moins passionnante, quand on sait que l’excision n’a pas elle encore atteint le statut de tabou au pays des Pharaons. Le sexe, comme dernier acte d’adieu à sa femme qui vient de rendre l’âme, incarne la folie religieuse, le délire pieux de la façon la plus démonstrative, la plus baroque qui soit, et en cela elle est une sorte de synthèse monstrueuse de l’esprit religieux égyptien.