Suis arrivé à Orly en avance. Snobé la boulangerie Paul (des Lillois, j’allais manger chez eux quand j’y habitais, Place Charles de Gaulle, au milieu des vieux meubles surchargés lourds et noirs de brou de noix verni), et commandé un Big Mac au Cantal, pour réaffirmer avant ce nouvel exil mes origines auvergnates. Ce projet méditerranéen m’éloigne de mes racines. Est-ce qu’il y aura des Mac Do à Tunis comme il y en a à Clermont-Ferrand, ce n’est pas sûr, autant en profiter que je suis en France pour casse-croûter occidental. Quand on me demande, c’est quoi pour toi la méditerranée? maintenant je réponds: un endroit sans Saint-Nectaire (et souvent sans Cantal) qui ne comprend rien à l’humour de Fernand Reynaud.

Par pur hasard, je suis assis dans l’avion à côté d’une vraie star du dessin de presse tunisien, Willis from Tunis, qui revient d’une présentation à Paris d’une anthologie de ces croquis de la révolution à paraître demain à La Découverte. Elle me donne tous les bons plans, les bonnes adresses, vendredi un concert de Rap à la galerie Artyshow (Fernand Reynaud aurait aimé), etc… En attendant nos valises, elle retrouve une amie auteure-metteuse en scène (journée de la femme oblige), qui présente une pièce à la fois du mois au 4ème Art, rue de Paris, parfait je vais pouvoir y aller, etc… sur des roulettes. Oui des roulettes d’ailleurs partout autour de moi je remarque, les aéroports en général donne une forte impression sur des roulettes: rien ne retient, les valises et les meubles glissent et coulissent, il n’y a jamais eu de vie qui s’est réellement installée ici, c’est juste un subterfuge, un simulacre. Des pans de décor autour de gens qui piétinent, pour les distraire en les faisant consommer. Même les produits, JB’s de luxe et autres boîtes à cigares, montres, polos Lacoste translucide à force de néons genre Luxe TV. Chaque échoppe est plus une devanture de magasin qu’un magasin. Un monde de panneaux ajustables, d’open-space, sans profondeur. Enfin je dis ça, le Centre Jaude, place de Jaude, à Clermont, c’est un peu la même chose.

Je suis accueilli à l’aéroport de Carthage par Dorothea Marciak (un nom à faire du jazz) et le chauffeur de l’Institut Français Guiga (un nom à faire du rap ou du tennis), qui me raconte en chemin comment le prophète David a impressionné la reine de Sabbah en faisant construire par ses amis les Djinns qu’il gouverne grâce à sa bague magique (Le seigneur des anneaux est inspiré deça), un palais en verre dans les fonds marins.

L’hôtel Carlton n’est pas donné, 68 dinars, quand je pense à mes ancêtres marchands de vin dans l’Allier, instituteurs sur les plateaux du Puy de Dôme… Je monte dans la chambre, un groom tire ma valise, je n’ai pas envie de lui un pourboire, je lui explique que je n’ai pas de monnaie, ce qui est en partie vrai. J’allume l’ordinateur: trois réseaux sont disponibles pour connecter mon PC au Wifi: Hotel-Carlton, PARTI SOCIALISTE DE GAUCHE et PACHA. J’appelle ma mère pour lui dire de voter Mélenchon. Je lui avais fait une procuration en lui disant de voter François Hollande, mais PARTI SOCIALISTE DE GAUCHE est un signe qui ne trompe pas. 

Dimanche, donc, je défilerai avenue Bourguiba à Tunis pour appeler à une 6ème République Française. J'espère qu'on sera nombreux, je n'en ai encore parlé à personne...