El Rosario de la aurora était le nom de l’histoire vraie que l’écrivain Robert Juan-Cantavella avait choisi de me raconter hier soir.
Nous nous sommes installés Carrer del Ponen, en plein Raval, et je l’ai filmé avec mon beau Lumix tout neuf me racontant l’histoire de ces processions qui avaient lieu autrefois dans cette rue, très tôt le matin, et qui finissaient toujours mal, d’où l’expression acabar como el Rosario de la aurora (mal finir), qu’il entendait souvent enfant sans la comprendre.
La procesion del rosario de la aurora est de tradition religieuse mais elle était systématiquement récupérée à l’époque pour finir en émeute politique, afin de permettre au peuple de défouler sa saine colère sur les autorités et de brûler quelques couvents (ce qui a bien servi d’ailleurs aux politiques d’urbanisation de l’ex-Barrio Chino, néo-Raval, m’expliquait-on quelques jours avant).

Le flyer d'une de ces processions, avec la tête de la vierge des mauvais jours

Robert me fit dans son récit, maintenant égaré, une belle description des luttes épiques du peuple déchaîné face à la Guardia civil, qui m’a fait penser à la chanson Hécatombe de Brassens : Au marché de Brive-la-Gaillarde, à propos de bottes d’oignons, quelques douzaines de gaillardes, etc. Le rôle des mamelles catalanes pour étouffer ou assommer des flics n’étant pas dans ce cas attesté, mais on peut supposer qu’une Catalane n’est pas plus manche qu’une Corrézienne.
Il semble d’ailleurs que ce genre de processions musclées aient eu lieu un peu partout en Espagne :
Acabar como el rosario de la aurora sur 20 minutos

Avec Robert, pour nous féliciter de cette belle interview, nous sommes allés boire quelques verres, la soirée était bien agréable, un petit bar animé, et puis c’était mon dernier jour, je voulais célébrer ce mois passé dans cette merveilleuse ville. Bref, vers les deux-trois-quatre heures du matin, je me décidai à rentrer, à pied comme d’habitude, car j’aime assez zigzaguer jusqu’à mon lit, quand trois jeunes ladrones, comme dans la chanson, me sont tombés dessus et m’ont pris jusqu’au blouson.

Il faut bien répartir la richesse, comme dit Marx, et je suppose qu’ils avaient dû repérer le bel appareil photo vidéo HD etc., car tout est allé très vite. Ils ont été très doux, bien plus je crois que des Français de leur âge, et je ne me suis même pas senti tomber à terre tant je rêvais aussi à autre chose.

L’histoire vraie de Robert s’était donc réalisée : el rosario de la aurora avait produit sa magie noire. Il fallait que ça finisse mal. Mais bizarrement il me restait mon sac en bandoulière, presque vide sans l’appareil photo à 1000 euros : ils ne m’avaient pas pris le vieux cahier Rhodia qui traînait au fond, et sur lequel j’avais noté toutes les histoires vraies d’Espagne. Comme quoi la littérature surpasse tous les autres arts par le peu de moyens qu’elle réclame. Et j’ai pensé à une autre chanson de Brassens : Stances à un cambrioleur, dans laquelle il remercie son voleur de ne pas avoir emporté sa guitare : solidarité saine de l’artisanat.